Anaïs à l'Olympia

Publié le par laure dasinieres

Du Cheap Show au Love Tour, Anaïs serait-elle passée de jeune artiste-artisane d’une chanson ultra-inventive et pleine de franc-parler à chanteuse de variété ?

C’est en tout cas ce qu’on a sérieusement craint à l’écoute des premiers titres de son concert, ce mardi soir à l’Olympia…
Des morceaux ultra léchés, servis par des arrangements très carrés pour un son efficace mais sans vraiment d’originalité, surtout en comparaison des morceaux de son premier album.

Mais, si la demoiselle a radicalement changé de parti pris artistique, passant d’un son très home made à quelque chose de beaucoup plus travaillé, de textes corrosifs à des paroles plus profondes, s’adjoignant les services de Dan The Automator pour la prod’ de son « Love Album » et qu’elle a su s’entourer de musiciens aguerris, elle n’en a pas perdu de son impertinence, ni de sa spontanéité.

Passée donc la surprise, voire les réserves quant à ce revirement, on se plaît à (re)découvrir une artiste singulière, épousant avec délice le mélange des genres, du jazz au rock, en passant par la soul, la folk ou la pop 60’s twistante. Une sacrée voix, aussi, qui sait manier les styles et les modalités avec naturel et sincérité.

Peut-être pas The Voice (de toute façon, Anaïs sera très certainement la première à se moquer gentiment des chanteuses « à voix ») mais qui révèle aisance, charisme et audace, en se faisant tour à tour mutine, profonde, sensuelle, effrontée ou légère. Une voix qui coule de source, organique et franche.

Et, puis, Anaïs est, sur scène, un sacré numéro, multipliant les pieds de nez, ayant le goût du gimmick implacable. Un humour de fille bien dans ses baskets, piquant et mordant, plein de second degré et de sens de la dérision, mais jamais méchant. Si elle a grandement acquis en maturité tant sur le fond que sur la forme, que ce soit sur le plan musical que sur celui de l’écriture, elle a conservé ce goût pour le détail qui tue, la phrase assassine, le bon mot savoureux.

Il faut bien reconnaître qu’on la préfère seule avec sa guitare, et qu’on prend bien plus de plaisir à retrouver les chansons de son premier album joliment réarrangées qu’à découvrir ceux du nouveau et qu’on est plus que perplexe quant aux vidéos kitschissimes dignes d’un karaoké chinois projetées en arrière plan.

Cela dit, tout est si bien mené, à la fois rafraîchissant, subtil et entraînant que nos doutes initiaux se sont vite suspendus. Pas complètement convaincus, on a toutefois passé un très bon moment, sourire scotché aux lèvres et jambes frétillantes. Reste à penser qu’Anaïs est peut-être dans un entre-deux, et que la sensualité et le glamour qu’elle tente d’immiscer dans sa chanson sauront à l’avenir se faire plus tangibles, en espérant toutefois qu’elle conserve toute cette personnalité et cet humour qui font tout son intérêt et sa force indiscutables.
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Publié dans Chroniques de concerts

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